Vous avez déjà compté les secondes avant que l’ennui vous tue en rendez-vous ? Moi, oui. Sept minutes. C’est tout ce qu’il me reste pour dénicher un sourire qui ne soit pas poli.
La salle est un piège à clichés : lumière tamisée qui veut faire romantique mais vire glauque, parfum bon marché à mi-chemin entre vanille et lessive, verres qui tintent comme des alarmes. Les tables sont collées comme si on jouait à « Qui va capter le secret de l’autre ? » en mode espion.
Premier round, face à un romantique collant. Il débute par un « J’ai déjà imaginé notre mariage » à la deuxième phrase. Record personnel. Je tente un sourire. Mon test fétiche : le regard furtif vers son téléphone. Bingo, il ne lâche rien. Trop collant, trop vite. Je note « Danger, zone glue ».
Deuxième table, un geek lunaire. Il sort un PowerPoint mental sur Star Wars et la théorie des multivers. Je regrette de ne pas avoir apporté mon casque VR. Il me regarde avec des yeux d’enfant perdu dans un univers parallèle. Je l’écoute, un peu flottante, goûtant un mojito trop sucré. La chaise grince, ma patience aussi.
Puis le silence glaçant. Je suis face à un vide. La chaise opposée est vide. Mon interlocuteur a disparu. Ghosté en direct. Je me parle à moi-même, un peu trop fort. « Tu es drôle, non ? » Personne répond. Je mords dans ma lèvre, note pour moi-même : « Ne jamais sous-estimer la peur du face-à-face. »
Le rituel : je change de rouge à lèvres. Rouge incendiaire. Pour le dernier round, celui du désespoir glamour.
Rooftop venteux. L’air sent la mer et le début d’un orage. Mon dernier candidat arrive, un livreur de sushis. Costume froissé, sourire timide, odeur de wasabi et de sauce soja. Il me lance un « Salut, j’espère que tu aimes les makis, parce que j’en ai plein à raconter. »
Le chronomètre tourne, sept minutes. Il ne parle pas chiffres ou ex. Il raconte un souvenir drôle, maladroit, humain. Je ris, un rire nerveux qui fait danser les lumières clignotantes au-dessus. La chaise vacille, mais cette fois, c’est moi qui tiens bon.
« On s’était dit que ça marcherait, mais il a cité sa mère à la troisième phrase… record battu. »
Je note vite dans mon carnet : « Leçon du jour : parfois, ce n’est pas la bonne table, c’est le bon plat. »
Un SMS s’affiche sur mon écran : « Tu racontes la suite quand ? » Suspense. J’hésite. Vais-je revoir ce livreur ou repartir à la chasse ?
L’orage gronde au loin. La pluie commence à coller aux vitres. La soirée s’éteint sur cette question sans réponse.
À suivre.