Alors, vous avez déjà rencontré quelqu’un qui vous fait disparaître avant même que vous ayez eu le temps de dire « swipe » ?
Je vous plante le décor.
Un bar à cocktails au plafond bas, lumière tamisée juste assez pour flatter, mais pas assez pour masquer les rides des serveurs fatigués.
Le parfum bon marché flotte dans l’air, un mélange douteux de coco et de musc, qui me fait éternuer à chaque inspiration.
Les tables sont collées les unes aux autres, comme des sardines en boîte, et je peux presque entendre la conversation de la table voisine.
Un mojito trop sucré glisse sur ma langue, pendant que le brouhaha des verres s’entrechoquant emplit la pièce.
Je pose mon chronomètre sur la table, 7 minutes, pas une de plus.
Mon test fétiche :
« Si tu pouvais disparaître comme un super-pouvoir, tu le ferais quand ? »
Je surveille le regard, la réaction, le souffle.
Lui ? Un type à l’allure mystérieuse, veste sombre, sourire en coin, et une lueur dans le regard qui me dit « je suis plus compliqué que ça ».
Je me trompe de prénom en le saluant – je l’appelle Thomas, alors qu’il s’appelle Tristan.
Déjà un point pour lui, je me dis. Ou pour mes neurones fatigués.
On commence à parler, mais très vite, il me sort un tour de magie.
Pas un tour de cartes, non.
Il fait disparaître son téléphone de la table… et mon numéro avec.
Sans crier gare.
Je cherche dans ma poche, dans mon sac, sur la nappe.
Rien.
Il sourit, l’air innocent.
« C’est un test, non ? » que je lance, mi-amusée, mi-agacée.
Il ne répond pas.
Le silence s’installe, lourd.
Je rigole nerveusement, goûte au mojito qui devient soudain amer.
Le vent frais du rooftop me rappelle que dehors, la nuit est claire, mais ici, l’ambiance est électrique et étrange.
Je note dans mon carnet, entre deux gorgées :
« Tristan = illusionniste confirmé ou mauvais joueur ? »
Je change de rouge à lèvres, un geste rituel qui me recentre.
Une pensée intrusive me frappe soudain :
« Il a dit qu’il ne voulait plus jamais jouer à ce jeu. Pourtant, me voilà encore… »
Le chronomètre sonne la fin de notre 7 minutes.
Pas de numéro échangé.
Pas d’espoir immédiat.
Juste un mystère suspendu.
Je me lève, croise son regard une dernière fois.
Un sourire énigmatique.
Je ne sais pas si j’ai été le pigeon ou la magicienne.
La soirée continue autour de moi, rires, discussions, éclats de verre.
Moi, je reste là, avec cette petite brûlure d’inachevé.
La suite ?