Vous avez déjà rencontré quelqu’un qui vous raconte son podcast… sur les ascenseurs ? Non ? Moi, oui. Spoiler : ça ne finit pas bien.
Je débarque dans ce lounge d’hôtel aux tables collées-serrées, comme si la distanciation sociale n’avait jamais existé. Le plafond bas diffuse une lumière tamisée, un peu clignotante, qui fait luire les verres à moitié vides. Ça sent le parfum bon marché, un mélange douteux de vanille et de musc pas tout à fait assumé. Les rires nerveux des autres convives roulent comme un fond sonore, ponctués par le tintement des glaçons.
Assise sur une chaise instable, je sors mon carnet. Changement de rouge à lèvres, mantra chuchoté : « Pas de panique, sept minutes, c’est court, ça passe vite. » Je pose mon chronomètre sur la table, mon test fétiche : voir si l’autre ose y jeter un œil. Ça en dit long sur la curiosité… ou le désintérêt.
Premier round, il s’appelle Thomas — ou peut-être Tristan, j’ai déjà perdu le fil. Il parle vite, trop vite, en balançant des anecdotes sur… son podcast. Oui, un podcast. Sur les ascenseurs. Je souris, j’écoute, je me demande si c’est une blague. Il détaille les sons d’ascenseur, les silences, le claquement des portes. Je me retiens de lui demander s’il a déjà enregistré un speed dating dedans. Chrono tournant, sept minutes, glissées dans un trou noir d’incompréhension.
Le deuxième, lui, c’est un humoriste. C’est écrit sur sa carte de visite qu’il sort de sa poche avec un air fier. Sauf que ses blagues tombent à plat, comme un soufflé raté. « Tu sais pourquoi les ascenseurs sont tristes ? Parce qu’ils montent et descendent sans arrêt, mais ils ne vont nulle part. » Rires blancs. Je note mentalement de ne jamais lui demander comment il gère le ghosting.
À la troisième table, il n’y a personne en face. Juste un siège vide. Je me parle à voix basse, marrant de voir à quel point je peux tenir une conversation toute seule. Je me raconte des histoires, je joue au jeu du regard avec mon reflet dans la vitre. La pluie fine colle aux vitres, les gouttes glissent comme mes espoirs d’un soir.
Alors que l’absence de compagnie se fait sentir, les souvenirs affluent, inondant l’esprit comme la pluie à l’extérieur. Ce moment de solitude fait écho à d’autres soirées où l’espoir s’est évaporé. Qui n’a jamais attendu un ami qui ne viendra pas ou croisé un regard égaré dans un café ? Ces instants de flottement rappellent les situations cocasses, comme celle racontée dans Dernière table, dernier espoir, où un imprévu a transformé une soirée morose en un souvenir mémorable.
Dans ce cadre, les anecdotes s’invitent et les visages défilent. « Tu te souviens de Paul ? Celui qui a cité sa mère à la troisième phrase… record battu. » Cette allusion fait sourire, rappelant que même dans les moments de mélancolie, les souvenirs partagés peuvent créer des éclats de joie. Chaque rencontre, chaque conversation, même avec soi-même, tisse le fil d’une histoire unique.
« Tu te souviens de Paul ? Celui qui a cité sa mère à la troisième phrase… record battu. »
Un SMS vibre dans ma poche. « Tu vas bien ? » C’est un ami. Je souris, un peu triste. Parfois, les vraies connexions viennent par notification.
Moment d’introspection. Je me surprends à penser : Suis-je vraiment là pour trouver quelqu’un, ou juste pour vérifier que je peux encore supporter ce cirque ?
Dernier round. Il s’appelle Hugo, banquier, et il sort un tableau Excel. Oui, un tableau Excel. Statistiques de fréquentation, probabilités de réussite d’un couple… Je ris, nerveusement, en me disant que le podcast sur les ascenseurs avait au moins le mérite d’être original.
Je note une dernière chose dans mon carnet : « Podcast ascenseurs. Chute libre assurée. »
Je me lève, le chronomètre s’arrête. La soirée s’achève sans vraie chute, ni ascenseur émotionnel. Juste un goût sucré-amer de mojito tiède.
Je vous raconterai la suite. Parce que dans ce speed dating, il y a toujours un dernier étage à découvrir.