Le yogi m’a proposé de respirer nos chakras synchrones.

La salle est une boîte à sardines parfumée au patchouli cheap, lumière tamisée qui fait plus lumière de cimetière que lounge cosy.
Le bruit des verres cliquette, des rires nerveux s’égarent dans l’air saturé de vapeurs d’alcool et de parfum bon marché.
Je m’installe sur une chaise bancale, le bois grince sous mon poids, comme un avertissement.

Il est là, en face, le yogi du speed dating.
Barbu, le regard intense, presque trop zen pour un bar à cocktails.
Il commence fort : « Respirons ensemble pour synchroniser nos chakras. »
Je rigole nerveusement, le chronomètre posé sur la table déjà oublié.

Je le regarde faire, il inspire profondément, je tente de suivre.
Le goût sucré du mojito me pique la langue, je lutte pour ne pas éclater de rire.
Il parle de vibrations, d’énergies, et moi je me demande si je suis dans un rendez-vous ou une séance de méditation ratée.

« Tu te souviens de ce type qui m’avait demandé si j’étais ‘une âme sœur ou juste un bon kiff d’été’ ? Je crois que le yogi vient de passer en mode ‘âme sœur’ niveau 1000. »

Je tente un test fétiche, le fameux : “Tu préfères les chats ou ta liberté ?”
Il sourit, me répond : « La liberté est un chat sauvage qu’on ne peut pas apprivoiser. »
Je me fige. Je suis à la fois fascinée et à deux doigts de fuir.

À la table d’à côté, un geek lunaire parle aux étoiles sur son appli d’astronomie.
Lui, au moins, il n’essaie pas de me faire respirer mes chakras.
Je note tout ça dans mon carnet, un petit rituel pour ne pas oublier les perles de la soirée.

À la fin du chrono, il me propose un dernier exercice : fermer les yeux et ressentir nos vibrations.
Je ferme les yeux, je sens la chaise qui vacille, le parfum entêtant qui m’assaille.
Je me demande si c’est l’alcool ou lui qui me fait perdre pied.

Le buzzer sonne.
Je rouvre les yeux.
Il me regarde, sérieux, comme si j’avais passé un test mystique.
Je souris, mi-amusée, mi-effrayée.

Je me lève, glisse un « À bientôt peut-être » sans conviction.
Dehors, la pluie fine colle aux vitres, l’air est lourd, chargé de promesses non tenues.

Je marche dans la nuit, un peu perdue, un peu curieuse.
Le yogi a peut-être raison : nos chakras ont parlé.
Mais moi, je n’ai toujours pas compris ce qu’ils ont dit.

Je vous raconterai la suite, quand je saurai si l’énergie était vraiment là… ou juste une hallucination post-spritz.