Le banquier a sorti un tableau excel de compatibilité.

Alors, vous, ça vous est déjà arrivé de vous faire noter comme un dossier bancaire ?

Non, parce que moi, oui. Ce soir.

J’arrive dans ce bar lounge d’hôtel, lumière tamisée mais trop proche des tables.

Le genre où tu peux entendre le mec à côté demander un mojito – trop sucré, à mon goût.

Le parfum bon marché de la fille en face me pique le nez.

Une odeur qui colle, comme un mauvais souvenir.

Je m’installe, chrono posé sur la table, fidèle testeur de vérité.

7 minutes top chrono pour cerner l’autre… ou fuir.

Autour, rires nerveux, verres qui tintent, serveurs débordés.

Le premier gars s’appelle… enfin, je crois que c’était Julien.

Non, en fait, c’était Bruno. Je me suis déjà perdue dans les prénoms.

Il parle fort, trop fort.

Il me dit : « Tu préfères les chats ou ta liberté ? »

J’ai su que c’était un philosophe… ou un vendeur de litière.

Mais le clou de la soirée, c’est lui.

Le banquier.

Costard tiré à quatre épingles.

Pas un seul sourire.

Il sort un tableau Excel sur son téléphone.

Un vrai tableau, avec des notes, des pourcentages, des critères.

« J’ai calculé notre compatibilité en fonction de nos réponses », qu’il me dit, comme si c’était normal.

La tension dans l’air est palpable, et je ne peux m’empêcher de réfléchir à cette manière si étrange d’évaluer une connexion humaine. Les chiffres et les calculs semblent si loin des véritables émotions que l’on ressent lors d’une rencontre. Pendant un instant, je me demande si cela pourrait vraiment fonctionner, comme le suggère le livreur de sushis qui a, lui aussi, tenté de rétablir une soirée qui tournait mal.

Alors que je tente de dissimuler mon malaise derrière un sourire, je me remémore une autre soirée mémorable où un chef cuistot a eu cette analogie surprenante entre les cœurs et les oignons caramélisés. Peut-être que les comparaisons culinaires ont leur place dans les rencontres, mais je suis loin d’être convaincu que des calculs mathématiques soient la clé d’une véritable alchimie. Le goût amer du mojito persiste, me rappelant que parfois, l’amour ne se mesure pas, mais se vit intensément.

À quoi bon les formules si le cœur n’y est pas ?

Je ris nerveusement, goût amer du mojito maintenant bien là.

Lui, impassible, me montre 62,4 %.

« Pas mal, non ? »

Je veux lui répondre que l’amour c’est pas un bilan trimestriel, mais je me tais.

Je note vite fait « Banquier + Excel = date froid » dans mon carnet.

Je change de rouge à lèvres, chuchotant un mantra : « Sois drôle, sois toi, pas un tableau. »

Le chrono sonne la fin.

Je me lève, le cœur un peu lourd, la chaise grinçante sous mes fesses.

Il me regarde, toujours sérieux.

Flashback :

« Tu sais, la dernière fois un type m’a draguée avec une blague sur les pâtes. J’ai ri, mais c’était un piège. »

Je tremble un peu, la brise fraîche du rooftop s’infiltre par la porte entrouverte.

Une pluie fine commence à coller aux vitres, dehors.

Je me demande si le prochain sera moins… calculateur.

Le silence entre nous pèse plus lourd que ses chiffres.

Pas de punchline, pas de regard qui accroche.

Je me parle à moi-même, presque.

« Peut-être que le vrai test, c’est d’arrêter de chronométrer. »

Mais je ne suis pas prête à lâcher le chrono.

Pas encore.

Je vous raconterai la suite, bientôt.

Promis.